Chasse ni pêche ni nature.

Savez-vous ce que font les inspecteurs du Trésor dans leur temps libre ?  
Ils cherchent des trésors.
 
Rassurons-nous de suite : il ne s’agit pas ici des conséquences de la réduction des effectifs de la comptabilité publique. Le Trésor en question, c’est une invitation au cabaret, ce qui est en soi relativement intéressant : si Internet est rempli de porno, il manque considérablement de vidéos de demoiselles dansant avec des plumes dans le cul pendant qu’un magicien devine la carte qu’un autre client a choisi et la fait ressortir de son oreille (suspicieusement propre, la carte), et qu’un serveur avec la morphologie du bonhomme O’Cedar vous apporte une langouste dont la forme est la preuve indubitable que Dieu n’existe pas, et pendant qu’en fond sonore une dinde s’égosille dans ce qui veut être un chant pour touriste que  « C’est fééérique ! ». Cherchez, cherchez. Vous trouverez peut être des vidéos de langouste, mais pas le reste. Du moins pas tout en même temps.
 
C’était donc une expérience à tenter et je me suis donc inscrit aux « Trésors de Paris ». Depuis quelques années, la commune organise dans chaque arrondissement cet évènement spécial où des centaines de gens déambulent dans la rue, suivant un jeu de pistes parfaitement obtus, insultant leur femme qui a mal lu un truc ou qui n’a pas vu le pot de fleur astucieusement déssiné au troisième étage sur lequel on peut lire la lettre U (indice indispensable) et giflant leurs gosses qui suivent la famille malgré eux parce que bon, c’est pas bien bientôt fini ces conneries, quand j’avais ton âge j’étais content de jouer dehors ?  
 
Une expérience que j’étais ravi de tenter, malgré le fait que je n’ai pas d’enfant.
 
L’inscription aurait déjà du me donner la teneur du concours : sur le site, un homme et une femme en ombre chinoise m’accueille dans leur imperméable. Le ton est donné, ce jeu a été conçu par des pervers.
 
La suite est facile : on arrive au rendez-vous à plus ou moins l’heure prévu le samedi 7 juillet, on récupère une brochure de quelques pages, on regarde à l’intérieur et on bascule IMMEDIATEMENT dans l’horreur.
 
La pluie décide de s’en mêler. Après tout, c’est normal, dans Pirates des Caraïbes ils cherchent des trésors et ils sont tout le temps mouillés. Par contre je n’ai pas le souvenir d’avoir vu dans Pirates des Caraïbes des gens avec des chapeaux rigolos voir carrément déguisés en lapin pour certains. Soit, si ça les amuse.
 
Ils feront rapidement moins les malins. Quiconque se trouvait dehors ce jour là pouvait aisément se rendre compte que ce petit jeu sympathique foutait un bordel sans nom dans la capitale. La mairie de Paris jugeait probablement que d’habitude les rues de Paris sont trop ordonnés.
 
De rue en rue courent des petits groupes de gens, tête en l’air, regardant les balcons et les murs. Le patrimoine de Paris que la commune souhaite nous faire découvrir, ce n’est pas les monuments ou les statues célèbres. Non ce sont  les restaurants tapas peuplés de vieux clients qui nous regardent tous comme si nous étions des extraterrestres, les kebabs, et les laveries qui pour certaines sont carrément désaffectés.
 
« Là, un arc-en ciel sur l’enseigne d’une laverie ! »
« Oh, regardez, un truc vaguement bleu et indéfinissable sur un mur délavé ! C’est merveilleux ! »
« Et ça ? Une fiente de pigeon ? C’est un indice ?  »
 
Les fientes de pigeons ne sont pas des indices. Par contre, le nombre de passants qui ont probablement été écrasés et réduits à l’état de masse gélatineuse pourpre a force d’errer en plein milieu des rues tête en l’air est un indice certain que quelque chose ne va pas en ville.
 
Une heure s’écoule. Puis deux.  La fatigue commence à se pointer. La faim aussi. Mais pas le temps de manger, car ce jeu finit a 15h30 et vous n’êtes pas au quart de l’aventure.
 
Et parlons en de l’aventure !  
 
Eurasme donne un rendez-vous à sa chérie à travers une liste incompréhensible d’énigmes. Et rien que pour le faire chier, parce qu’il y a trop de parisiens et qu’il ne faut absolument pas qu’ils se reproduisent, la Mairie de Paris décide de publier cette lettre ! Sisi ! Pour que l’on puisse tous se taper l’incruste à son rendez-vous à la con !  Pour trouver le lieu du rendez-vous, il suffit de suivre les pistes.
 
Ci-joint un extrait :
« Si l’amour est à jamais pétrifié et que tu te places dans son dos, tu pourras briser le sort et balancer la courbe de tes hanches de violoncelle sur un chemin chaotique pour tes talons. Un pont t’appelle. Mais aujourd’hui je fais exception car tel Dionysos je dois l’admettre tu m’enivres carrément de ton parfum capiteux et boisé. Mais tu ne me croiseras pas là. »

Voilà. C’est clair ? On vous donne des directions, mais on vous précise à la fin que ce ne sont pas les bonnes.
 
Je ne t’ai pas retrouvé Eurasme, mais je sais déjà comment fini ta romance. Elle ne viendra pas à ton rendez-vous de merde. Parce que sous tes airs coquins et mutins, tu as l’air d’un parfait petit emmerdeur. Parce qu’elle ne veut pas se casser le cul à résoudre des énigmes à la con quand vous prendrez tout les deux la voiture pour aller chez Saint-Macloud et que tu lui répondras en imitant le Père Fouras « Choisis la destinée du coeur de l’orage de velours du petit chien vert. » alors qu’elle se demande juste quelle sortie du rond-point il faut prendre. Elle a pas envie non plus d’arriver complètement extenuée à ton rendez-vous foireux si, peut être, elle espère tirer un coup pendant toi que toi tu restes assis sur un banc à fumer la pipe. Parce que oui, Eurasme, tu fumes la pipe comme tout les gens qui portent ce prénom ridicule. Tu as même un bérêt.
 
D’ailleurs, Eurasme, si je ne t’ai pas retrouvé, j’ai une légère suspicion : la dernière phrase de ton jeu de piste dit que tu l’attends pour l’éternité. Si tu manies la langue française aussi bien que tu te la pètes avec tes énigmes de merde, tu dois savoir une chose: ca veut dire que tu es mort. Et de là je me pose plein de questions : comment as tu fait pour écrire cette lettre, et plus important encore, ta nana est-elle nécrophile ?  
 
 15h arrive. Une vague de désespoir se lit sur les visages parisiens. Plus que trente minutes, et il ne reste plus que quelques lignes à déchiffrer. Mais trop tard. Je n’en peux plus. Ma compagne et moi abandonnons et décidons d’aller se bouffer un truc bien gras à Buffalo Grill. On t’emmerde, Eurasme. On t’emmerde à grands coup de tractopelle. Et d’ailleurs, si je puis me permettre, tout les commerçants de Paris aussi : à chaque seconde, les épiciers arabes, pizzaiolos,  bibliothécaires (l’endroit idéal pour faire du bruit) on put voir débarquer une a une les bandes ahuris demandant « euh excusez moi, vous avez quelque chose à voir avec la chasse au Trésor ? Vous êtes sur ? Parce qu’on nous parle ici d’un ‘moustachu avec une tête de voleur’ ? »
 
Entre cette aventure et Eurolines, je ne sais pas ce qui me pousse à choisir spontanément des formes de torture comme temps libre. Peut être que ma vie de fonctionnaire est trop belle, après tout.

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