Ecoute moi bien, espèce de pétasse !

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Oui, toi, là ! Toi, la greluche que j’ai entendu au détour d’une rue, dans le RER ou encore à côté de mon coin de table de Starbucks et que tu t’adressais à ta copine, séparé d’elle par ton Macbook et ton iPhone.

Tu crois que je t’ai pas entendu ? Quand t’as dit à ta pote « J’ai passé une heure sur Facebook hier, je suis trop une geek . » Tu as ensuite ajouté que tu voulais continuer ta conversion dans le monde merveilleux et branché (dans tout les sens du terme) des geeks. Après tout, tu l’as précisé toi même, tu es fan de Big Bang Theory, que tu trouves golri !

Alors écoute moi, pauvre conne. Ouvre tes grandes oreilles de salope, et tais toi. Et lache ton iPod !

Un geek, ma petite, c’est ça.

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Tu sais qui c’est ce type ?
Ce mec, c’est Steve Wozniak. Steve, il a probablement perdu sa virginité à 45 ans. Mais on s’en tape, encore que toi, on sait tous ce que tu fais dans le local à vélo avec Brandon depuis qu’il a le dernier Macbook pro. Steve Wozniak, tu vois, ce mec, il a quasiment inventé la micro-informatique à lui tout seul. L’Apple I, c’est lui. Les innovations technologiques qui ont permis la naissance d’Apple,  c’est lui. Steve Wozniak, tu vois ma grande, il bouffe des burgers à longueur de journée et il a pas de cancer, au contraire de ce gros con de Steve Jobs avec qui tu partages l’amour des sushis et qui est MORT. Steve Wozniak, il a des couilles, il est ringard, et c’est notre maître à tous.

Laisse moi te poser cette simple question jeune fille.

Un geek c’est ça ?  Image ou ça ?  Image

Tu fais moins la maline. Tu palis, je vois. Tu te sens conne. Mais dans un dernier élan de courage, tu me réponds : « Je suis une crack de l’informatique ! Je connais trop Facebook ! J’ai plein de photos Instagram ! Je suis une GEEK quoi ! En plus j’ai un iPad. ».

Alors écoute moi bien sombre pute. Ouvre bien grand tes yeux.

Ne confonds pas ça :

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et ça
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De même, ne confonds pas ça
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et ça

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Ca te calme hein ? Je suis sur que tu mouilles déjà moins quand tu penses à Sheldon Cooper.  Alors retourne donc faire un peu de shopping à Abercrombie et dépèche toi de faire cette vidéo « genre Bref dans le Grand Journal », en plus ces cupcakes et ton scrapbooking vont pas se faire toute seul. Mais par pitié, par pitié putain de merde de salope de mes couilles, ne fais pas l’affront à la société et à l’histoire des sciences de te prétendre au même niveau que ces héros de la fin du 20ème siècle. Putain de bordel de foutre, tu vois qui c’est ce type ?

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Lui, en plus d’avoir inventé le jeu vidéo français (tu sais ? Un jeu vidéo ? Angry Birds ? Wii Sports ?), il s’était fabriqué un synthé avec un carillon électronique de porte. Ca te la remet pas un peu en place des fois ?

Putain, ça fait du bien.

Un impôt sur la connerie – Une idée novatrice !

Mesdames, Messieurs,
 
Travaillant dans le domaine fiscal, je suis toujours à la recherche d’équité, de solutions pour améliorer le vivre ensemble, et de manières optimales pour perfectionner le fonctionnement de la société.
 
Sur ce point, je voulais vous parler de ma dernière idée lumineuse : un impôt sur la connerie. Je viens vers vous dans l’espoir de susciter la discussion, et peut être, j’avoue, avec le rêve fou de remporter votre adhésion et d’entamer une marche vers une évolution de bon sens.
 
Le principe de l’impôt sur la connerie est extrêmement simple.
 
Nous sommes tous d’accords qu’en cette époque où non seulement tout le monde à accès à la culture par Internet, les bibliothèques, la télévision et autres et où en plus, tout le monde peut en produire avec ces outils de type « ordinateur » « internet » et « web 2.0 » , toute la production qu’il convient d’appeler, faute de mieux, « culturelle » ne se vaut pas.  
 
L’idée serait de créer un comité d’experts de bons gouts. Des gens issus de toute classe sociale, mais ayant tous en commun d’avoir une bonne culture générale, d’être curieux du monde qui les entoure, de lire régulièrement, qui ont un certain humanisme, bref, des gens qui ont la classe un peu comme on en trouve dans les grandes écoles, parmi les lecteurs de ce blog, ou chez Julien Lepers.
 
La désignation proposée de ce comité (on pourra en rediscuter plus tard, néanmoins, si la méthode présente des imperfections) sera à mi-chemin entre la désignation et le vote. Chaque personne devra passer devant un collège de professeurs ou lettrés d’autre genre et être approuvé pour sa bonne composition. Ensuite, de manière à rendre le procédé démocratique, des élections locales pourraient avoir lieu (sauf à Marseille). Les votants seront toute personne disposant au moins d’un Bac +3.
 
J’avoue que c’est un peu arbitraire, mais c’est faute d’avoir trouvé mieux jusqu’à présent. Néanmoins, l’objectif ici n’est pas de créer un comité, mais un véritable impôt sur la connerie. Je suis donc prêt à négocier sur ce point.
 
Le comité aura une lourde tache : définir la connerie. Pour cela, des mâitres étalons seront proposés : TF1, Bigard, Dieudonné, Johny Halliday, la Tecktonik, Morsay, Justin Bieber, 50 shades of Grey. Bref, tout ce que notre société comporte de pire. Les canons du genre seront répartis sur l’échelle suivante :
 
1.C’est con, mais c’est pas méchant.
2.C’est vraiment très con.
3.Putain, c’est con et c’est lourd en même temps.
4.Cette connerie est le fléau de notre société moderne.
 
Une fois ces maîtres-étalons bien définis, le comité disposera d’un droit de regard sur TOUTE production culturelle et tout média. Le comité décidera donc d’une taxe, faible sur c’est 1 sur l’échelle de la connerie, 4 si c’est condamnable. Le produit en question ne sera pas censuré, puisque toujours disponible, il sera juste un peu plus cher.  
 
Les effets seront immédiats :
-Désincitatif à l’achat : les gens seront moins tentés d’acheter des trucs cons, des DVD de Bigard, de regarder Les Enfants de la Télé, Tellement Vrai. Tout ceci sera taxé. (avec les Freebox et autres boitiers ADSL, on peut savoir ce que les gens regardent après tout et même calibrer la redevance avec une utilisationi réelle.).
-Désincitatif à la production : puisque faire de la connerie signifie vendre moins, on produira moins de connerie.
 
Mais, me direz vous, il y aura toujours des gens pour acheter des conneries. Bien sur, comme il y aura toujours des gens pour dépasser les limites de vitesse : c’est normal qu’ils paient.  
 
Mais où ira l’argent ?
 
L’idée est simple, cet argent financera :
-Des productions artistiques innovantes
-Des bibliothèques, théâtre, salles de concert
-Subventionnera l’entretien des musées
-Participera, de manière générale, au rayonnement intellectuel et culturelle de la France.
 
Voilà.  
 
Qu’en pensez-vous ?

Chasse ni pêche ni nature.

Savez-vous ce que font les inspecteurs du Trésor dans leur temps libre ?  
Ils cherchent des trésors.
 
Rassurons-nous de suite : il ne s’agit pas ici des conséquences de la réduction des effectifs de la comptabilité publique. Le Trésor en question, c’est une invitation au cabaret, ce qui est en soi relativement intéressant : si Internet est rempli de porno, il manque considérablement de vidéos de demoiselles dansant avec des plumes dans le cul pendant qu’un magicien devine la carte qu’un autre client a choisi et la fait ressortir de son oreille (suspicieusement propre, la carte), et qu’un serveur avec la morphologie du bonhomme O’Cedar vous apporte une langouste dont la forme est la preuve indubitable que Dieu n’existe pas, et pendant qu’en fond sonore une dinde s’égosille dans ce qui veut être un chant pour touriste que  « C’est fééérique ! ». Cherchez, cherchez. Vous trouverez peut être des vidéos de langouste, mais pas le reste. Du moins pas tout en même temps.
 
C’était donc une expérience à tenter et je me suis donc inscrit aux « Trésors de Paris ». Depuis quelques années, la commune organise dans chaque arrondissement cet évènement spécial où des centaines de gens déambulent dans la rue, suivant un jeu de pistes parfaitement obtus, insultant leur femme qui a mal lu un truc ou qui n’a pas vu le pot de fleur astucieusement déssiné au troisième étage sur lequel on peut lire la lettre U (indice indispensable) et giflant leurs gosses qui suivent la famille malgré eux parce que bon, c’est pas bien bientôt fini ces conneries, quand j’avais ton âge j’étais content de jouer dehors ?  
 
Une expérience que j’étais ravi de tenter, malgré le fait que je n’ai pas d’enfant.
 
L’inscription aurait déjà du me donner la teneur du concours : sur le site, un homme et une femme en ombre chinoise m’accueille dans leur imperméable. Le ton est donné, ce jeu a été conçu par des pervers.
 
La suite est facile : on arrive au rendez-vous à plus ou moins l’heure prévu le samedi 7 juillet, on récupère une brochure de quelques pages, on regarde à l’intérieur et on bascule IMMEDIATEMENT dans l’horreur.
 
La pluie décide de s’en mêler. Après tout, c’est normal, dans Pirates des Caraïbes ils cherchent des trésors et ils sont tout le temps mouillés. Par contre je n’ai pas le souvenir d’avoir vu dans Pirates des Caraïbes des gens avec des chapeaux rigolos voir carrément déguisés en lapin pour certains. Soit, si ça les amuse.
 
Ils feront rapidement moins les malins. Quiconque se trouvait dehors ce jour là pouvait aisément se rendre compte que ce petit jeu sympathique foutait un bordel sans nom dans la capitale. La mairie de Paris jugeait probablement que d’habitude les rues de Paris sont trop ordonnés.
 
De rue en rue courent des petits groupes de gens, tête en l’air, regardant les balcons et les murs. Le patrimoine de Paris que la commune souhaite nous faire découvrir, ce n’est pas les monuments ou les statues célèbres. Non ce sont  les restaurants tapas peuplés de vieux clients qui nous regardent tous comme si nous étions des extraterrestres, les kebabs, et les laveries qui pour certaines sont carrément désaffectés.
 
« Là, un arc-en ciel sur l’enseigne d’une laverie ! »
« Oh, regardez, un truc vaguement bleu et indéfinissable sur un mur délavé ! C’est merveilleux ! »
« Et ça ? Une fiente de pigeon ? C’est un indice ?  »
 
Les fientes de pigeons ne sont pas des indices. Par contre, le nombre de passants qui ont probablement été écrasés et réduits à l’état de masse gélatineuse pourpre a force d’errer en plein milieu des rues tête en l’air est un indice certain que quelque chose ne va pas en ville.
 
Une heure s’écoule. Puis deux.  La fatigue commence à se pointer. La faim aussi. Mais pas le temps de manger, car ce jeu finit a 15h30 et vous n’êtes pas au quart de l’aventure.
 
Et parlons en de l’aventure !  
 
Eurasme donne un rendez-vous à sa chérie à travers une liste incompréhensible d’énigmes. Et rien que pour le faire chier, parce qu’il y a trop de parisiens et qu’il ne faut absolument pas qu’ils se reproduisent, la Mairie de Paris décide de publier cette lettre ! Sisi ! Pour que l’on puisse tous se taper l’incruste à son rendez-vous à la con !  Pour trouver le lieu du rendez-vous, il suffit de suivre les pistes.
 
Ci-joint un extrait :
« Si l’amour est à jamais pétrifié et que tu te places dans son dos, tu pourras briser le sort et balancer la courbe de tes hanches de violoncelle sur un chemin chaotique pour tes talons. Un pont t’appelle. Mais aujourd’hui je fais exception car tel Dionysos je dois l’admettre tu m’enivres carrément de ton parfum capiteux et boisé. Mais tu ne me croiseras pas là. »

Voilà. C’est clair ? On vous donne des directions, mais on vous précise à la fin que ce ne sont pas les bonnes.
 
Je ne t’ai pas retrouvé Eurasme, mais je sais déjà comment fini ta romance. Elle ne viendra pas à ton rendez-vous de merde. Parce que sous tes airs coquins et mutins, tu as l’air d’un parfait petit emmerdeur. Parce qu’elle ne veut pas se casser le cul à résoudre des énigmes à la con quand vous prendrez tout les deux la voiture pour aller chez Saint-Macloud et que tu lui répondras en imitant le Père Fouras « Choisis la destinée du coeur de l’orage de velours du petit chien vert. » alors qu’elle se demande juste quelle sortie du rond-point il faut prendre. Elle a pas envie non plus d’arriver complètement extenuée à ton rendez-vous foireux si, peut être, elle espère tirer un coup pendant toi que toi tu restes assis sur un banc à fumer la pipe. Parce que oui, Eurasme, tu fumes la pipe comme tout les gens qui portent ce prénom ridicule. Tu as même un bérêt.
 
D’ailleurs, Eurasme, si je ne t’ai pas retrouvé, j’ai une légère suspicion : la dernière phrase de ton jeu de piste dit que tu l’attends pour l’éternité. Si tu manies la langue française aussi bien que tu te la pètes avec tes énigmes de merde, tu dois savoir une chose: ca veut dire que tu es mort. Et de là je me pose plein de questions : comment as tu fait pour écrire cette lettre, et plus important encore, ta nana est-elle nécrophile ?  
 
 15h arrive. Une vague de désespoir se lit sur les visages parisiens. Plus que trente minutes, et il ne reste plus que quelques lignes à déchiffrer. Mais trop tard. Je n’en peux plus. Ma compagne et moi abandonnons et décidons d’aller se bouffer un truc bien gras à Buffalo Grill. On t’emmerde, Eurasme. On t’emmerde à grands coup de tractopelle. Et d’ailleurs, si je puis me permettre, tout les commerçants de Paris aussi : à chaque seconde, les épiciers arabes, pizzaiolos,  bibliothécaires (l’endroit idéal pour faire du bruit) on put voir débarquer une a une les bandes ahuris demandant « euh excusez moi, vous avez quelque chose à voir avec la chasse au Trésor ? Vous êtes sur ? Parce qu’on nous parle ici d’un ‘moustachu avec une tête de voleur’ ? »
 
Entre cette aventure et Eurolines, je ne sais pas ce qui me pousse à choisir spontanément des formes de torture comme temps libre. Peut être que ma vie de fonctionnaire est trop belle, après tout.

Destruction créatrice

S’il y a bien une chose a laquelle il fallait s’attendre d’un gouvernement socialiste, c’est bien la réduction des salaires des fonctionnaires et définitivement la continuation de la réduction des effectifs.

Mais attention ! Nous ne parlons pas ici d’une réduction UNIFORME des effectifs, il s’agit apparemment de virer des fonctionnaires qui servent à moins de choses que d’autres.

Je propose une utilisation plus radicale et maximale de ce concept. Étendons le au privé.

Supprimons les gens qui ne servent à rien et remplissons notre économie de gens purement utiles. Faisons un tri, un nettoyage de printemps ! Ouvrons nos tiroirs, jetons les babioles de mémé et remplaçons les par… je sais pas… des piles. On a toujours besoin de piles. Ca finit toujours par servir.

Et donc, faisons en de même avec la société ! Éliminons les gens qui ne servent à rien. Remplaçons les par des individus utiles !

Réduisons ainsi le nombre:
-D’esthéticiennes. On a de plus en plus d’esthéticiennes, et pourtant il y a de plus en plus de moches ou de pétasses surmaquillées (moches quand même). Coïncidence ? Je ne crois pas.
-D’animateurs d’émissions de radios après 21h. Plus personne n’écoute la radio après 21h.
-D’écrivains. Qui lit encore des livres ? En fait, visons large : commençons directement par les blogueurs.
-Les gens qui ont des tatouages tribaux. Désolé. Ca fait preuve d’une originalité proche de zéro, et surtout ça ne sert à rien, et j’en déduis par extension que ces gens eux même ne doivent pas servir à grand chose.

Radicalisons nous, et supprimons carrément :
-Les agents immobiliers. A t’on besoin qu’un type avec un blazer acheté invariablement chez Célio nous explique qu’on a de la chance parce que la maison est grande, et que sans lui, vous n’auriez pas vu que la maison est grande ?
-Les passionnés de tuning, qui non seulement ne servent à rien mais dépensent de l’argent inutilement
-Les chats.

En supprimant ces catégories on pourrait facilement :
-Ouvrir plus de Starbucks (en réaffectant les gens sans emploi)
-Trouver plus facilement de la place pour se garer (moins de boulot = moins de voiture ! logique !)
-Avoir plus de métro avec une plus grande régularité de passage (en les faisant conduire par des esthéticiennes par exemple)
-Avoir plus de chiens

Voilà. Mais bon, qu’attendre d’un pays où les fonctionnaires sont moins populaires que les esthéticiennes ?

Eurolines : Voyagez pauvre, Mourrez riche.

« Et si on allait à Londres ? »

Je ne savais pas que cette proposition me précipiterait dans l’une des aventures à la fois les plus ennuyeuses et les plus terrifiantes de ma vie. Je ne savais pas.
Histoire de garder un maximum d’argent de côté parce que Londres ou pas, la bière, c’est pas gratuit, j’ai opté pour Eurolines. Et comment vous dire ? Je ne sais plus quelle compagnie a affrété le Titanic, mais je suis prêt à parier que c’était Eurolines.

Nous arrivons à l’aéroport Roissy – Charles de Gaulle, et partons à la recherche du quai. Pour seul réponse, l’agent de guichet nous regarde avec un sourire compatissant. Nous ne savions pas qu’il savait, mais il savait. Il y avait de la pitié dans ses yeux. Un peu la même pitié que vous pouvez avoir quand votre petit chien vous fait la fête et que vous savez très bien que demain matin, le vétérinaire lui coupera les couilles.

J’ai toujours mes couilles, mais Eurolines m’a volé ma dignité. Tout excité devant notre terminal, nous attendons le bus, sans la moindre information, la compagnie ne disposant d’aucun accord avec Air France. En fait, Eurolines se pointe et squatte le parking de l’aéroport comme de vulgaires romanichels. Le parking étant un lieu public, Air France ne peut pas faire grand chose.

Le car arrive enfin, deux heures plus tard. Je suis soulagé, car à 1h du matin, il est trop tard pour rentrer chez soi en RER. Mais d’où vient ce car ? Il y a déjà plein de monde à l’intérieur, qui parlent dans des langues diverses, peut être viennent ils de toute l’europe et Paris est l’avant dernière escale avant Londres. Peut être des pauvres espagnols avaient pris le billet pour Londres en bus avec une escale à Stockholm, je ne sais pas. Ce que je remarque d’entrée de jeu, par contre, c’est qu’il n’y a qu’un seul chauffeur.

Ouaip, un seul chauffeur qui conduisait facilement depuis plus de dix heures en toute illégalité. Je prie en silence. En cherchant des témoignages sur Internet quelques jours plus tard, j’apprends que d’autres passagers eux, le faisaient ouvertement.

Nous arrivons au Tunnel, la douane est incrédule. « Quoi ? Un seul chauffeur ?! », avec le plus grand sérieux du monde et devant l’impossibilité de communiquer avec un chauffeur portugais/romain/martien, elle demande aux passagers si vraiment, nous sommes sur d’avoir un seul chauffeur. « Y’en a pas un autre planqué dans la soute ? » nous demande-t-elle. Elle nous laisse passer quand même. Après tout, les lois françaises ne s’appliquent pas au delà du tunnel ! Pratique !

Le jour se lève, nous arrivons à Londres. La lumière nouvelle me permet de voir aisément que le chauffeur, en plus d’outrepasser probablement les limitations de vitesses, grille allègrement quelques feux rouges. Là où il y a de la gène !

Nous passons quatre jours au pays du pudding. Puis quelques heures avant le départ, c’est le grand frisson.
« Et si on regardait ce qui se dit sur Eurolines sur Internet ? »

Tout le monde sait qu’il ne faut pas googler quand on a un rhume : d’après Internet, c’est forcément un cancer. Et bien, aujourd’hui j’ai appris qu’il ne fallait pas googler. Jamais. JAMAIS.
Mes premières pérégrinations m’emmènent sur Ciao.FR , site de critique…
J’apprends que cette compagnie est spécialiste des pneus qui explosent en cours de route, du chauffeur unique sur un trajet de 15 heures, que les chauffeurs avaient régulièrement l’habitude de demander leur chemin aux passagers (ou du moins d’essayer, car ils ne parlent que polonais). J’ai même eu l’étonnement de constater que dans plusieurs cas, le chauffeur avait fait la quête à l’issue du voyage… Alors que si quelqu’un avait besoin de la bénédiction d’une quelconque divinité, c’était bien ses passagers…
Un article de La Voix du Nord me rappelle que deux ans plus tôt, un car avec son chauffeur de 62 ans endormi s’est planté il y a quelques mètres de chez mes parents : 2 morts.

L’heure du retour vient. Le car est à l’heure. Ma compagne s’endort.

Pas moi.

Je guette.Je suis à l’affut du moindre accident. Je veux pouvoir la réveiller une seconde avant le drame et crier : « Chérie, regarde, on meure ! »

Nous ne sommes pas mort. Pas cette fois-ci. Mais il s’agit encore d’un trajet de 6 ou 7 heures sans la moindre pause et avec un seul chauffeur. Trajet pendant lequel nous avons roulé à de multiples reprises sur les bandes sonores de l’autoroute.

Une fois arrivé, nous prenons une grande inspiration. L’air pollué parisien nous rappelait que nous étions en vie.

Et qui eût cru qu’un jour sur le RER B j’aurais pendant une heure une étonnante sensation de sécurité totale ?

Vous craignez l’avion ? Prenez le bus. Vous n’aurez plus jamais peur.