Je me sens gros si je veux.

Depuis que vous avez découvert le Domino’s pizza près de chez vous suite à une extrêmement vicieuse promotion « trois pizzas pour le prix d’une seule »), vous devez vous habituer certains soirs à une sensation malheureuse. Le plaisir a un coût, et je parle pas des 33,60 €, non je parle de cette horreur de la minute d’après. Celle où vous devez vous lever pour jeter les cartons alors que, bon sang, votre postérieur est désormais vissé au canapé. Peut-être même a t’il déjà commencé à fusionner avec la matière molle de cet objet pour lequel vous regrettez d’avoir dépensé trop peu chez Ikea. Et si par chance vous arrivez à vous en propulser au dehors, alors ne croyez pas qu’un monde d’aventure et de possibilités infinies s’offre à vous. Non. Dès le premier pas, une force puissante essaiera de vous attirer au sol : celle de la gravité que subit votre propre estomac. Chaque mouvement sera douloureux. Votre cœur s’emballera et vous repenserez à votre dernière bouchée et vous demanderez légèrement inquiet si celle-ci n’aura pas été responsable d’un infarctus imminent.

Vous n’êtes pas obèse. Vous êtes un peu « costaud », mais vos quelques bourrelets ne se devinent pas facilement. Néanmoins vous vous sentirez gros. Le sentiment sera confirmé quand vous vous poserez sur la balance qui vous affichera un delta de deux kilos en plus par rapport à 24 heures plus tôt. Là, vous lâcherez devant l’afficheur cristaux-liquide bas de gamme acheté chez Babou : « Merde. J’me sens gros. ».

C’est à ce moment précis que quelqu’un sortira du néant pour vous casser la gueule. Vous recevrez probablement quelques tweets vous informant que vous faites de la discrimination par rapports au poids et que vous valez à peine mieux que Hitler, et vous vous ferez haïr de la terre entière. C’est trop tard. Vous aurez glissé sur la pente fatale.

Facebook a choisi de supprimer l’émoticone « je me sens gros » suite à l’action de personnes offensées

Et ouais ! Bon, on a tendance à l’oublier quand l’actu geek est accaparé par une horde de fous furieux qui estiment qu’il n’y a pas assez de femmes dans Assassin’s Creed, mais Internet n’est pas peuplé que de féministes. Non, on en fait, il y a des victimes en tout genre. On avait déjà mentionné les athées « éclairés par leur intelligence », mais il y a tout un tas de sujets sur lesquels un mot de trop vous fait passer dans le camp de la haine et de la intolérance. Par exemple, si vous trouvez qu’enculer des poneys en peluche, c’est tout de même un peu limite, alors vous participez à la ségrégation anti-furries et envers les fans de mon p’tit poney.

Mais là, donc, vous avez commis l’impair de trop en cliquant sur l’émoticône « gros ».

Or, depuis la jurisprudence Gros VS Facebook, se « sentir gros » est impossible. C’est clair ?

Gros, c’est ce que l’on est. Voilà. D’ailleurs non, être gros ça n’existe pas, c’est un critère standard. C’est comme les filles moches, ça n’existe pas, c’est bien connu. Les Musclés l’avaient bien compris. C’est l’intérieur qui compte. Comme celui du poney en peluche.

Voilà, hein. Banissez le mot « gros » de votre vocabulaire ; dites, comme j’ai pu le lire d’après un commentateur du Monde.FR « repus ». A la limite, puisque le mot gros est banni, vous pourrez dire « doubleplusrepus » ou que vous avez « nonfaim » si vous souhaitez contribué à l’instauration du novlangue voulue par les guerriers de la justice sociale. Laissez les tripleplusvolume tranquilles par pitié. Si vous cherchez à expliquer que vous ne vous sentez pas « repus » mais « gros », rapport au chiffre sur la balance tout ça et que c’est pas vraiment la même chose, et bien vous avez tort. C’est impossible. Vous comprenez ?

Quoi ?

Vous avez pensé quoi là ?

Ne le niez pas ! Je vous aie entendu ! Vous vous êtes dits « Mais ils sont quand même en mauvaise santé ces gens, non ? ». Bordel, votre HAINE ne connaîtra donc pas t’elle de limite ? Ne comprenez vous pas que dire que ça serait bien si les gens étaient en bonne santé, c’est… HEALTHIST ? (y’a pas encore de mot en français, cherchez pas). C’est très sérieux, les gars. L’Healthism, ça a même une page sur wikipedia .

Regardez comme cette pauvre femme souffre !

Ah, vous êtes renfrogné. Parce que vous payez déjà la sécurité sociale des maladies liées au tabac et que ça vous fait chier de payer l’obésité des autres ? On pourrait parler de votre égoïsme, mais il y a pire : ne vous rendez vous pas compte à quel point vous OFFENSEZ les chômeurs en pensant ça ?!

Rassurez vous, il y a un bon côté : Vous êtes probablement victimes vous mêmes de quelque chose ; si il y a bien une chose qu’Internet vous apprendra, c’est que rien n’est de votre faute, c’est juste le monde qui est méchant. Alors arrêtez ! Arrêtez de penser négativement ! Arrêtez de penser tout court ! Œuvrez pour le bien ; censurez-vous un peu et n’oubliez pas : il ne tient qu’à vous de vous découvrir une forme de ségrégation de laquelle vous êtes probablement victime !  Pas d’amis ? Autodiagnostiquez vous Asperger, c’est plus très tendance mais ça marche encore un peu. Fatigué ? C’est probablement la faute du gluten. Ou des ondes. Cherchez bien ! La victimisation est en tout cas un secteur en plein boum et encore trop vaguement exploré. Il y a forcément un sujet sur lequel vous avez subit un quolibet ou une moquerie un jour. C’est quoi votre chien ? Un caniche ? Ah bah, voilà, on pourrait partir de là, ouvrez un tumblr…

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