SOURIRES D’ENFANT / PRIMAPHOT – Le monde merveilleux de la vente post partum

Il est temps de reprendre les choses sérieuses.

C’est pas tout ça de se reproduire, mais il y a des choses plus importantes au monde que de changer les couches. Par exemple, donner le biberon. A son blog. Pour le faire grossir. L’engraisser. Afin qu’il puisse faire caca sur à peu près tout ce qui lui passe à portée de fesse et qui ne lui revient pas.

Aujourd’hui, j’ai décidé de faire caca sur un truc qui a lui même essayé de me faire caca dessus. Je ne parle pas de mon fils, enfin pas pour l’instant, mais du merveilleux monde des tentatives d’extorsion de fonds aux bons sentiments.

diaper

Acte I) Le moment où on fait pas gaffe.

Vous venez d’accoucher. Vous êtes une femme (ben oui, vous venez d’accoucher après tout !) super heureuse. Mais vous en avez bavé. Vous avez mal partout, même à des endroits où on n’est pas sensé avoir mal après un accouchement. Genre, la tête, ce qui n’est pas super logique dans la mesure où vous n’avez pas vraiment accouché par la bouche ni par les oreilles. Enfin, vous êtes à peu près certain que c’est le cas, après tout, on vous a tellement blindé de drogues en tout genre.

Quelqu’un rentre dans la pièce, avec un « Bonjour ! » jovial. Elle est jeune, avec un sourire qui inspire confiance. Elle parle bien. Elle porte une blouse blanche, donc forcément, elle fait partie du staff de l’hôpital, c’est évident.. Ça commence comme dans les histoires de Julien Courbet (où celles des terroristes qui « disaient bonjour), mais bon, vous ne vous en rendez pas encore compte. Elle explique qu’elle est là pour prendre des photos, et qu’à la fin elle passera chez vous pour vous en donner une gratuite et essayer de vous vendre les autres, tellement l’hôpital est content que vous ayez accouché chez eux. Bon. Une photo gratuite, ça paraît honnête. Vous prenez la pose, et la laisser manipuler le bambin dans tout les sens pendant qu’elle prend des photos pour une séance de shooting qui doit durer cinq minutes chrono.

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Il est pas choupi comme ça ?

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Oh ben oui il est choupi, attend on va le mettre comme ça tiens.

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Oh la la, il est trop chouuuuuuuu

(Oui, oui, ce sont les vrais photos de mon fils, pourquoi vous vous posez la question ?)

« Allez, salut ! Je vous rappelle ! » . Elle sort, clac.

Acte II) Le moment, où, par pitié, partez.

Il s’est passé quelques semaines depuis votre accouchement. Vous êtes la maman la plus heureuse du monde. Vous avez encore mal partout, en grande partie par ces gros cons de l’hôpital ont fait réalisé votre péridurale par une interne qui ne s’est pas présenté comme telle et qui vous a fait une brèche dans la moelle épinière. Donc il a fallu la refaire. Et ensuite il a fallu boucher le trou avec votre propre sang. Deux fois. Parce que la première fois, ils se sont plantés, ils l’ont fait trop tôt. Bon. Ça a marché, mais vous venez tout juste d’échapper à un handicap lourd (celui d’avoir Hiroshima dans votre crâne chaque fois que, je sais pas, vous vous levez pour faire un truc.), et vous avez le dos complètement pété parce que QUATRE. PUTAIN. DE. PERIDURALE.

Mais bon, il y a une bonne nouvelle ! On vous a rappelé pour les photos ! La dame qui les a prise doit passer vous les montrer. Bon, des photos, vous en avez déjà plein. Aujourd’hui, tout le monde à des smartphones, des appareils photos corrects, et il y a souvent quelqu’un dans l’entourage qui dispose du super appareil reflex qui tue.
Mais là ça n’est pas pareil, on parle de l’œuvre d’une photographe professionnelle qui, si elle est allée un peu vite, savait très certainement ce qu’elle faisait.

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(Ne fous inquiétez pas, che suis un exxsspert)

Quand vous ouvrez la porte, vous avez la tête dans le cul. En fait, c’est déjà pas mal que vous ayez réussi à ouvrir la porte, vu votre mal de dos et votre manque de sommeil parce que ce bébé n’a aucun putain de respect pour la notion de « petite sieste tranquille parce que j’ai eu une nuit de 14 minutes. »

Elle entre, déballe tout le matos. Bon, les photos sont pas mal. C’est vrai qu’il est choupi.

« Non mais regardez ça. On a fait un petit livret avec les photos. »
« et puis ça… »
« Oh la la qu’il est beau ce bébé…. »
« Vous allez prendre le livret hein ? … »

Bon, allez on les prend. Combien ?

261 euros?

prix

(Et merci pour la réduction hein!)

« Bon, c’est un peu cher, mais le travail est inestimable. Et puis, vous vous rendez compte, madame, si vous ne les prenez pas, elles vont aller à la poubelle ?« 

« Vous seriez pas une mère indigne tout de même ? »

« Parce que c’est quand même des moments super importants, ça, vous vous rendez compte ? »

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(Quelles curieuses coïncidences!)

remise en cause

(Même les vendeurs trouvent ça un peu bizarre, au fond !)

Acte III) Le moment où ca va chier

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Vous êtes un homme, maintenant. Je sais, accrochez-vous un peu, ça va très vite. Vous êtes le mari de la dame. Vous rentrez avec joie, vous allez découvrir les superbes photos de votre bébé, même si vous en avez déjà plein. Donc quand vous poussez la porte, vous êtes super content.

Et puis vous découvrez les photos. Pour 280 euros, après tout, il doit y’en avoir plein, hein ?

Y’en a 12. C’est du boulot d’amateur. La qualité d’impression est merdique.

Oh putain. Bon. Il y a du avoir une erreur sur les tarifs, hein ! Tout est possible après tout ! Allez, on google le nom de la boite, elle doit bien avoir un site web après tout !

Capture PrimaphotOH. OHHHHHH………

Bon, ce qui est bien, c’est que les règles de la vente à domicile s’appliquent. Donc, il suffit de renvoyer le truc pour demander un remboursement. Et tout est bien qui finira bien.

Alors, surtout à ce moment là, on ne scanne pas les photos de les renvoyer. Ca serait illégal, vous voyez ?
Donc vous le faites pas. Vous voyez ? Vous mettez tout ça dans une enveloppe, et vous renvoyez. Même la photo gratuite. Parce que vous êtes en colère.

De toute façon vous serez remboursés dans les 15 jours.

retract
15 jours… et rien…
1 mois plus tard rien.
1 mois et demi plus tard rien.

Bon, là, vous vous inquiétez quand même, donc vous leur envoyez un recommandé en leur disant : « Si vous ne me rendez pas mon pognon, ça va barder pour votre cul. ». Grosso modo. Le recommandé marche, quelques jours après, l’argent apparaît sur votre compte bancaire. Mais vous êtes quand même chagrinés, parce que vous avez compté que la boite vous devait 8.71 euros d’intérêts de retard, et elle ne vous les a pas versés. Mais bon, vous n’allez pas faire chier le monde pour 8.71 euros ?

Mais la boite vous téléphone, alors que vous êtes tranquillement en train de bouffer du saucisson. Elle vous explique que bah, pfff, ils avaient oublié, et puis ils étaient en vacances, donc bon, voilà. Alors du coup vous leur demandez quand est ce que vous les aurez, les intérêts de retard, hein, puisque vous êtes là ?

« Ah euh oui … on vous doit des intérêts de retard. »
« Ah bon ? Et bien je les aurais quand ? »
« Ben euh… on vous les paiera pas. Pas pour 8.71 euros, c’est impossible. »

Donc, là, ensuite. Vous leur envoyez une mise en demeure par mail. Vous les menacez d’un procès, d’une dénonciation à la DGCCRF, et de tout le bordel. Pour 8.71 euros. Vous leur faites bien comprendre que vous êtes un ouf guedin. Et miracle, 10 jours plus tard, un chèque de 8.71 euros apparaît dans votre boite aux lettres. L’impossible est devenu possible. Vous êtes une sorte de Jésus de la vente à domicile. Donc tout est bien qui finit bien.

Sauf que la société PRIMAPHOT / Sourires d’enfant continue d’exercer en parfaite impunité dans une bonne partie des hopitaux. Depuis plus de 20 ans. Et que donc chaque jour, probablement une ou deux personnes se font avoir de la sorte.

Et ça parait légal. Mais de toute façon, c’est pas la légalité qui les étouffe chez Primaphot.

Donc ça me parait relativement bien que quelqu’un en parle, quelque part. Même sur un petit blog de merde.