Les grèves de fonctionnaires ne servent à rien.

Students attend a demonstration with public sector workers as part of a nationwide strike against French government reforms in Nantes

Laissez tomber.

FRANCE-POLITICS-LABOUR-STRIKE

Non, vraiment, laissez tomber.

Ca me fait de la peine de l’écrire. Quelque part, je ressens une obligation de solidarité avec des mouvements auxquels je ne peux que m’associer par vulgaire instinct de survie. Mais au bout d’un moment il faut bien avouer que l’énergie dépensée par les manifestations syndicales est sans aucun rapport avec la probabilité d’obtenir satisfaction de leur part de l’État employeur.

Je ne vais pas m’attarder sur le bien fondé ou non des revendications des fonctionnaires. Parce que ce n’est pas le sujet de ce post, et parce que cela mériterait un post à lui tout seul. Peut-être en ferais-je un, si j’arrive à trouver les mots me permettant de tourner autour du devoir de réserve. Croyez moi, ça ne sera pas facile. Merde. Je viens de manquer à mon devoir de réserve.

Simplement, deux petites choses :

Premièrement, on peut se poser la question de l’intérêt de mouvements répétés qui ne font, à chaque fois, que prouver leur inutilité.

Pas un fonctionnaire dans ces cortèges, croyez moi bien, pas un ne pense que « la manifestation du jour » va changer les choses. C’est d’ailleurs plutôt intéressant, vous ne trouvez pas ? Et même franchement étonnant que la presse ne se penche pas davantage sur le ressenti des personnes dans les cortèges, sur leurs espoirs. Ils n’en ont pas. Des manifs, ils en ont déjà fait plein. Le résultat de ces mouvements sociaux pourrait constituer une nouvelle définition du néant absolu, du noir total.

sad-keanu-1021x580

Désespoir (n.m) : manifestation de fonctionnaires.

Fonctionnaire moi même, je comprends néanmoins ces démonstrations de rue. Elles sont un défouloir, un exutoire, l’expression d’un désemparement; l’occasion de partager sa colère avec les collègues, car il faut bien l’avouer, avec qui d’autre ? Les fonctionnaires sont seuls, et c’est la raison principale de leur condamnation à l’échec.

Les manifestations de la fonction publique ne servent à rien car elles sont dirigées contre les mauvaises personnes.

Le gouvernement est parfaitement innocent dans l’affaire.

Les hauts fonctionnaires, les GRH du ministère également.

Sérieusement, laissez-les tranquille. Vous hurlez contre des moulins à vent.

Contre qui manifeste-t-on, généralement ? Contre ceux qui ont un pouvoir politique décisionnaire sur notre personne.

L’administration a-t-elle un pouvoir politique sur les fonctionnaires ?

Non.

Le gouvernement a-t-il un pouvoir politique sur les fonctionnaires ? La question est superflue. Qui a un pouvoir politique sur le gouvernement ?

Ces gens.

Au final, au bout de toute chose, les fonctionnaires ne feront pas plier le gouvernement car l’électeur est contre eux. L’homme de la rue les voit comme des nantis, des privilégiés. Manifester ne fait que donner un argument supplémentaire à leur haine et à leur fiel.

Tant qu’une manifestation est incapable de faire changer d’avis ces gens, alors il ne sortira rien, strictement rien d’une manifestation de fonctionnaires. L’électeur continuera de porter au pouvoir des décisionnaires qui répondront à la demande de leurs clients et continueront à casser le service public, accomplissant son fantasme d’autodestruction, son désir de mort.

Chaque cassure, chaque fracture, chaque coup, chaque affaiblissement du service public se traduira par, forcément, une inefficacité grandissante, suppression de moyens oblige. Le constat sera alors fait, de cette inefficacité, et motivera le coup suivant.

Le cercle est vicieux, mais il est imparable. Fonctionnaires, on vous déteste, et vous créverez dans le sang, la sueur, et les larmes. Vous avez le droit de vous débattre, de protester, mais les bourreaux affûtent leurs lames, vote après vote.

Et là vous me demanderez, « mais Taxalot, que faire ? Comment changer les choses ? Comment donner une image positive d’une administration dont nous avons tous besoin même si c’est pour, souvent, nous sanctionner ou nous emmerder ? »

Et ben j’en sais rien.

Merci à tous et à demain !

Vos données privées, c’est pas de la merde à Euralille !

Si s’offusquer du viol permanent de sa vie privée est de bon ton, dans les milieux libertaires, il paraît indispensable aujourd’hui de rappeler que celle-ci offre de nombreux avantages à quiconque y consent volontairement.

Imaginez donc un petit peu la situation. Vous vous promenez joyeusement dans la capitale des Flandres où la bière est à la fois bonne et peu chère. Vous avez arpenté les petits commerces du vieux Lille pendant des heures avant de vous dire que flûte, bon sang, l’ambiance des grandes galeries commerciales c’est tout de même autrement mieux que celle des petits commerçants qui vous tannent à longueur d’année sur leur « nécessaire survie » pour « préserver le charme d’autre fois » et « les alternatives économiques ».

Après tout à, Euralille, y’a un Primark, à quel autre endroit pourriez vous trouver une paire de pompes à 16€ ?


( Je les aies aux pieds actuellement. Et bien je vais vous dire : j’ai mal aux pieds.)

Et puis patatrac ! Vous avez envie de faire pipi. Ca n’est pas votre prostate, c’est la bière. C’est ce que vous dites à madame ; heureusement, votre épouse est exceptionnelle. Elle connait la galerie comme sa poche « Y’a des toilettes en haut ! ».

Alors, là, faut que je vous explique si vous n’êtes pas Lillois. Faire pipi à Euralille c’est TRES compliqué. Le système est super high tech et vous impose de passer d’abord par une borne à écran tactile devant laquelle il y a TOUJOURS la queue. Cette borne vous délivrera un code barre que vous scannerez devant le portique laissant accès au merveilleux sésame. Si vous avez de la chance. Si la machine marche. Et si vous avez très exactement 50 centimes dans votre poche en UNE pièce. Sinon vous ne rentrez pas. Les chiottes d’Euralille, ça se mérite.

Pendant longtemps, je me suis demandé pourquoi c’était si compliqué de faire caca dans ce centre commercial.

Et puis un jour, en y posant mes fesses, j’ai eu la révélation.

En échange de vos données privées, tout est plus simple.

Laissez l’application Euralille s’occuper de tout, et vous pourrez faire caca gratuitement.

Pas grand chose.

Vraiment.

En plus d’un download sur le store, le droit d’un caca gratuit par jour se monnaie par :
-Votre nom, votre âge
-La liste de votre carnet d’adresse
-Un accès intégral à vos comptes Facebook, Twitter, et Google incluant : photo, mail, sexe, date d’anniversaire, niveaux d’études, profession, adresse, ce que vous aimez comme films, musique, vos amis.
(Bien sur, ce que ne dit pas Euralille c’est que vos likes peuvent traduire également vos opinions politiques, votre orientation sexuelle, etc).
-Votre géolocalisation permanente dans le centre. Et à l’extérieur du centre grâce à votre profil G+ et Facebook.
-La plaque d’immatriculation de votre véhicule.

et que sais-je encore ! Car c’est ça la magie avec les réseaux sociaux et les applis ! Qui sait véritablement ce qu’elles savent !

Mais bon, on s’en fout, l’essentiel est notre droit au caca gratuit quotidien.

Et qui pourrait s’en offuser lorsque l’on voie qu’un tel privilège peut coûter la somme de 2,50 € ?