Ce qu’il reste de la « Presse Libre »

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Comme vous le savez tous, la seule presse de qualité est payante. Et la raison pour laquelle vous le savez, c’est parce que non seulement les titres de la presse gratuite font de chaque journée, chaque guerre, chaque meurtre sordide une actualité « insolite » comme il semble convenir de dire dans le jargon…

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… Mais également parce que ces dernières années, on vous a assez répété que la seule garantie de l’indépendance d’une rédaction, c’était votre pognon. Et vous savez ce qui est encore mieux ? Des sites sans revenu publicitaires, sans même de subvention publique… Des sites où la seule chance de survie provient de la fidélisation du lecteur grâce à un contenu de qualité : ne serait ce pas là le moyen d’avoir enfin de bons médias objectifs qui ne subissent aucune pression extérieure ?

C‘est la promesse de toute une batterie de sites internet à abonnement. Ce sont les mots doux qui vous ont été susurrés à l’oreille par Mediapart, Arrêt sur Images, par Gamekult, par Nextinpact. Quelques années après cette grande vague qui devait permettre de renouer avec la raison d’être première d’Internet, avons nous atteint l’idéal ainsi tant espéré ? Ces nouveaux médias ont ils réalisé l’impossible et l’Internaute qui a compris que la qualité se doit d’avoir un prix a t’il atteint l’éden informationnel ?

Mon cul oui !

Oui parfaitement !

Ce qu’il convient d’appeler « La presse libre », c’est de la merde Premium en barre d’abonnement.

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À l’origine, il y a bien longtemps de cela, à une époque où je n’aimais même pas la bière, Arrêt Sur Images était une émission très franchement indispensable diffusée sur France 5 qui proposait chaque semaine de revenir sur un sujet en rapport avec l’actualité des médias. Le concept était relativement unique, bienvenu, puisqu’il s’agissait franchement de l’unique opportunité d’autocritique du paysage audiovisuel français. Daniel Schneidermann et ses acolytes prenaient le temps de débattre une heure durant d’un sujet précis, le plateau respectant la pluralité des opinions. ASI, pour les intimes, était loccasion de prendre chaque semaine un peu de recul sur la façon dont nous était présenté une actualité qui, déjà, avait pris suffisamment ses aises pour se dérouler juste suffisamment vite pour nous empêcher d’y réfléchir.

Puis l’émission s’est arrêtée, pour des raisons mystérieuses. L’audience selon le service public, un véritable complot politique selon Daniel Schneidermann. Je ne saurais dire qui a tort ou raison. On s’en fout, c’est pas le sujet.

Non, le sujet c’est que depuis que l’émission s’est relancée sur Internet, Daniel Schneidermann part lentement, très très lentement en vrille.

Mais depuis quelques temps, l’altitude est suffisamment basse pour que l’on sente venir la rencontre avec le sol.

La première fois que j’ai commencé à douter, c’ était en 2015 quand Danny nous a tous envoyé un mail pour nous expliquer qu’il était dans la merde. Nos abonnements ne suffisaient plus car à nouveau le sabre tranchant du bourreau se rapprochait du cou de l’indépendance. L’Etat Français s’apprêtait à exécuter le site Internet avec un bon vieux redressement fiscal.

La vérité ? Arrêt Sur Images s’était auto appliqué un taux de TVA réduit à 2,1 % auquelle la rédaction savait pertinemment ne pas avoir droit. Mais comme il n’était pas juste selon eux que le législateur fasse une différence entre presse papier et presse Internet, ils ont d’eux mêmes pris l’initiative de se faire justice.

Même si nous pouvions nous y attendre, nous voici donc en grand péril. (…) Depuis la création du site en 2008, et sa reconnaissance officielle comme service de presse en ligne en 2009, nous nous sommes appliqués la TVA sur la presse écrite, à 2,1%. (…)

C’est pourquoi nous allons faire appel, pour la première et la dernière fois, à une contribution exceptionnelle de nos abonnés et de tous ceux qui nous soutiennent.

Pour avoir six mois de visibilité, il nous faut trouver, en tout, 500 000 euros.

Alors on va être clair : s’appliquer un taux de TVA que l’on sait être minoré pour être plus compétitif et avoir une plus grande part de l’abonnement dans sa trésorerie ça s’appelle de la Fraude Fiscale avec manquements délibérés. Ça l’a fout mal pour un site qui revendique franchement sa proximité avec la gauche.

Et on touche la au second grief qu’il faudra désormais faire à ce site. Cela faisait quelques temps que je remarquais l’absence de plus en plus flagrante de contradicteurs sur un site qui petit à petit commençait à ressembler à une collection d’interviews d’hommes de gauche qui sont tous plus ou moins d’accord entre eux. A plusieurs reprises, j’ai donc fait cette remarque sur le forum officiel de l’émission et sur Facebook. J’eus pour réponse plus ou moins invariable : on s’en fout de la pluralité de l’opinion ‘, de toute façon, le discours dominant on l’entend suffisamment comme ça.

Bon. OK. Mais s’ il devait subsister encore le moindre doute, Daniel Schneidermann a de toutes façons pris soin lui-même de le lever en affirmant dans un de ses éditos

Sans titre

Des lors qu’attendre encore de ce site ? Tout n’est tout de même pas (encore) à jeter. Ponctuellement, quelques articles parviennent à éviter la complaisance de plus en plus grande avec La France Insoumise (dont le Média officiel est vue avec attendrissement, ce qui est pas mal pour un site de critique des médias), et parfois le débat continue d’offrir un réel intérêt.

Néanmoins, il n’en reste pas moins que Arrêt Sur Images a failli sa promesse. Alors, pour faire simple, on va se contenter de dire clairement, simplement, les choses.

Un média qui affirme être indépendant en ne comptant pour sa survie sur une seule et unique source de revenus, ment.

Ça devrait aller sans dire, mais avec la confusion qu’entretien ASI sous ses airs de légitimité, cela doit malheureusement être rappelé.

Mais bon, s’il n’y avait qu’eux…

Screenshot-2017-11-12 Next INpact - Actualités informatique et numérique au quotidien

Autre représentant de cette nouvelle presse qui n’a de cesse d’affirmer sa liberté grâce à votre argent, le cas Nextinpact fait vraiment peine à voir.

Sur ce site, au départ gratuit, on trouvait à l’origine un mélange d’actualité tournant autour de l’informatique tant sur les domaines matériels, logiciels, que s’agissant des problématiques qui y sont liés en terme de politique, législation, droit de la sécurité et respect de la vie privée.

Progressivement, ces deux derniers sujets ont d’ailleurs pris de l’importance. Chaque nouvel article de Nextinpact est désormais l’occasion de hurler à l’encontre d’un Big Brother que l’on voit partout y compris la ou il n’est pas. Le moindre empiétement de l’état, même par l’intermédiaire d’un juge est vu comme un argument de plus prouvant que la France est désormais un régime totalitaire.

Quand on lit les commentaires de chaque article, on ne peut s’empêcher d’imaginer le lecteur moyen comme un geek barbu se connectant via TOR et 3 VPN grâce à un compte créé via une adresse mail qu’il héberge sur un serveur dédié à son domicile et qu’il planque juste à côté du coffre fort dans lequel il entrepose tout son cash car c’est le seul moyen pour la Caisse d’épargne de ne pas savoir qu’il est allé à Carrefour hier à 13h12.

Petit à petit, le biais politique a fini par s’installer et nombre d’article sont devenus des défouloirs anti Macron, Sarkozy, Hollande. Bon au moins, ils ne feront pas de jaloux puisque tout le monde est un Kim Jong Un en puissance chez Nextinpact.

Mais au delà de ces critères purement subjectifs, il y a quelque chose qui ne mentira pas et dont chacun pourra apprécier la teneur.

Depuis peu Nextinpact à changé de formule. Le gratuit est devenu l’exception. La norme est dorénavant le contenu de qualité et payant. Le résultat se comprendra facilement avec un de ces avant après qui font la joie des marchands de shampooing.

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(Pour fêter ses 8 ans en essayant de gratter du fric, NI publie : un HS collectant des bandes annonces, un bref résumé d’actu de la journée, et une pub. Je tiens à préciser qu’il s’agit d’une journée typique récente.)

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(A l’inverse, ci dessus, voici le contenu que nous pouvions voir avant le virage vers un modèle quasi full payant)

En 2017 grâce au modèle payant, Nextinpact c’est donc désormais un ou deux pauvres articles par jour sur un sujet dont vous n’avez probablement rien à foutre. En pleine campagne présidentielle on avait même eu droit à un bon gros paquet de hors sujets qui concernaient paquet de hors sujets qui concernaient le revenu universel.

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L’autre moitié du site est composé de dessins dont on essaiera de vous faire croire qu’ils sont drôles et impertinents….

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(MDR !!! :)))))

… Et de promos à la con sur des articles informatiques que vous n’aurez de toute façon pas envie d’acheter.

Le prix de l’indépendance en quelque sorte.

Payez plus pour avoir moins.

Screenshot-2017-11-12 Gamekult - Jeux vidéo PC et consoles tout l_univers des joueurs

Et puis donc au final, on pourrait également parler de Gamekult. Pour ceux qui ne s’intéresseraient pas au sujet, et on les comprendra aisément, Gamekult est une des références en France s’agissant du jeu vidéo, de part un ton « sans concession », qui se peut se résumer simplement au fait de donner des notes plus basses que leurs confrères. Apparemment, en 2017, moins aimer les choses semble être devenu un gage de sérieux et d’indépendance. Pourquoi pas après tout ? Je parle de Gamekult, parce que bon, Thomas Cusseau (qui se fait connaître sur les Internets sous le pseudonyme de Yukishiro) n’hésite pas à longueur de tweet de nous rappeler que la presse gratuite, c’est le mal absolu.

Gamekult est le premier de ces sites que j’ai lâché. Pourtant, j’ai beaucoup d’affection pour un de ces rares sites qui sait garder un esprit critique tout en fournissant gratuitement la majeure partie de son contenu, même s’il leur arrive parfois de taper à côté (en mettant 5 à Portal, en faisant tester les suites de jeu par le même testeur qui n’avait pas aimé le premier jeu, etc…).

Mais au delà de nous rappeler que la presse gratuite c’est vraiment pas bien, Gamekult avait lors de son lancement une offre attractive : des articles de fond, des vidéos préparées par des intervenants salariés du site ou extérieurs d’excellente qualité comme 24 FPS, les chroniques de Virgile, ou autres.

Tout ces contenus réservés au premium ont disparu en même temps que sont nés des « évolutions de carrière » des principaux concernés. Les articles de fond, dont la moitié sont en fait empruntés à d’autres publications, de même ont céde le pas pour être remplacé par… bah… c’est bien simple, voyons voir à quoi ressemble la catégorie Premium aujourd’hui.

Screenshot-2017-11-12 Premium des publications exclusives dès 2,50€ mois - Gamekult.png

Alors désolé aux handicapés, tout ça, mais il n’y a pas UN SEUL article dans cette liste qui provoque en moi ne serait ce que le début d’une moitié de quasi-sentiment d’intérêt. Si j’en crois les retours autour de moi, c’est un peu la même chose. Chez Gamekult, beaucoup se sont barrés après les premiers mois. A une époque où la presse de jeu vidéo  »premium » fait appel à la maturité des joueurs pour payer pour du contenu de qualité, les joueurs matures qui ont un budget à gérer ont d’autres priorités que de soutenir un site qu n’arrive pas à fournir du contenu intéressant.

Au final, que retenir de tout ça ?

1. Comme dit plus haut, une presse qui n’a qu’une seule source de revenus ne peut être indépendante. Très rapidement se dégage une composition sociologique, politique du lectorat dont le site finit par avoir conscience. Si les gens qui s’abonnent à Arret Sur Images sont à gauche (et on le sait très vite en lisant, par exemple, le forum de l’émission), mieux vaut ne pas trop inviter de libéraux sur les plateaux. Le débat contradictoire, tout le monde en demande, mais personne n’en veut réellement.

2. L’auto-édition (car c’est bien de cela dont il s’agit) , cela ne s’improvise pas. Je suis bien incapable de dire pourquoi la plupart des contenus examinés ont très bien commencé avant de sombrer qualitativement. J’ose imaginer qu’il s’agit d’une mauvaise gestion ou d’une confrontation à la réalité plus difficile qu’ils ne l’espéraient. La seule chose qui est certain, c’est que l’on ne peut qu’avoir le sentiment que les équipes se reposent sur leurs lauriers après avoir encaissé les abonnements initiaux.

3. Le journalisme ne s’improvise pas. Il ne suffit pas d’être « sympa et indépendant » pour être attractif et pertinent. La qualité doit suivre, et le format payant n’est pas systématiquement un gage de qualité. En 2017, au final, je ne dispose plus que d’un abonnement au Monde, auquel s’ajoute les lectures très régulières de Courrier International, National Geographic, et Science & Vie. Ah, et Canard PC. Le point commun de toutes ces publications : elles existaient toutes bien avant leur présence sur Internet et elles n’ont pas improvisé leur culture professionnelle.

En attendant, n’oubliez pas.

Un commentaire sur “Ce qu’il reste de la « Presse Libre »

  1. Triste tour…
    J’avais moi-même fait le constat pour NI,
    suite à l’abonnement d’un collègue de boulot.

    À croire que le peu de survivants de la culture blog
    fera bientôt mieux que ce modèle sous perfusion :/

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